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 la nuit tous les chats sont gris (Belle)

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MessageSujet: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 2:47

Il s'agissait d'une étrange impulsion, venue des tripes et de l'âme, d'une torsion émotionnelle capable de lui faire vomir son dîner par terre comme de lui briser le coeur. Ça le mettait dans un sale état, planté devant les restes pourrissants du vieux chat crevé trouvé plus tôt dans la décharge.
Débilitant, voilà c'est débilitant. Jefferson avala la dernière gorgée de thé avant de se laisser tomber au sol, le cul sur la terre humide. Le thermos lui échappa des mains et tomba au sol. De toute façon il était vide à présent. L'eau était froide. C'était un thé dégueulasse en soi, mais bon parce que les herbes ne lui appartenaient pas. Pas à la base. Comment pouvait-on supporter ce genre de chose ? Etre brusquement englouti par l'émotion ... une putain de plaie. Le thé commença à faire effet. Jefferson se sentait bizarre. Carrément bizarre en fait. Quoi que pas vraiment mal, une possibilité de respirer de l'intérieur, de l'espace autour d'un coeur alarmé. Et une voix, une sensation plutôt, qui disait tranquillement, tout simplement, sans arrière-pensée que tout allait bien, que la sérénité viendrait, qu'elle se plait en chagrin ...
Jefferson avait allumé une cigarette, avait fait craquer ses doigts et s'était mit à rire tout seul. Sa petite farce allait se changer en une drôle d'aventure, il le sentait d'ici.

Rentrer à la maison lui prit un temps fou. Il avait choisit de déambuler dans les rues mal éclairées du centre ville. L'heure était tardive, il ne restait que très peu de badauds (certains dont il reconnaissait les visages) qui osaient sortir à cette heure-ci. Pas quand des gens comme lui traînaient dehors.
N'empêche il avait été un peu déconcerté de les voir couler parmi la multitude de torrents magnifiques - jusqu'au moment où il avait compris qu'il s'agissait de simples hallucinations provoquées par le thé. Putain. Il avait éclaté de rire encore, appuyé contre un réverbère.
Le rouquin n'avait pas envie de rire lui. C'était un de ces pauvres galeux qui voulait toujours prétendre qu'il était quelque chose, à se jeter au sol pour récupérer un cul de cigare avant de se tenir bien droit la seconde suivante. Il était toujours accompagné d'un petit puant, les yeux qui roulaient dans leur orbites, carrément idiot. Jefferson s'était laissé faire, il n'avait pas prit la peine de l'écouter débiter son monologue. Lorsque le nez du rouquin enfla, il se remit à rire. Il s'étouffa presque avec sa cigarette. Les larmes coulaient sur ses joues et il se laissa traîné quelques rues plus loin, quelques maisons plus loin.

Jefferson se retrouva assit, seul, à une table. Honest John fumait en regardant la rue déserte par la fenêtre. Une baraque aussi chicos ne lui convenait pas. Gideon lui était passionné par l'horloge murale qu'il regardait d'un air abruti. Un éclaire de lucidité lui effleura l'esprit et Jefferson se redressa dans le fauteuil, attrapant son haut-de-forme pour l'attirer contre lui et le serrer amoureusement entre ses bras. Un troisième type entra (encore un roux) et les deux petites frappes sortirent de la pièce. Il était plus massif, plus costaud. Victime d'hallucinations ou non, Jefferson n'eut pas à se poser la question deux fois : oui, un coup de poing de sa part suffirait à l'envoyer dans le décor. Il renifla un coup. Ses dents ... il lui en manquait une. Et une petite cicatrice sur sa joue s'agitait en même temps que sa bouche. Ah, le thé.... la drogue. Des centaines de cafards sortaient des jambes de son pantalon; les roses bordeaux des rideaux se transformaient en nains minuscules, sa main faisait la taille d'un grand lit.Jefferson émit un grognement semblable à celui d'un porc en tentant de se retenir de rire. Un vaste stade pleins de murmures. les geysers de non-sens. Ça ne sembla pas amuser son interlocuteur. Mais c'était si compliqué d'écouter. Tellement difficile de se concentrer. Il se concentra. C'était douloureux, comme se détacher de son corps. Les mots pédophiles, voleur à deux balles et d'autres critiques s'envolèrent de la bouche du type face à lui. Sûrement dans l'espoir de tirer une réaction autre qu'un sourire débile et de la bave aux coins des lèvres de la part du chapelier.

-Adorable. Avec ce genre de réflexion, je sens que tu vas te faire éclater ta jolie petite tête, un de ces quatre. Sans que j'y sois pour rien, évidemment.

Evidemment. Non que la pensée ne lui soit pas venue de le massacrer, là, tout de suite. Surtout à la brusque apparition de la hache de guerre à double tranchant à côté de la cheminée. Juste derrière son ennemi. Il pouvait peut-être se lever -non, pas avec les cafards. Elle avait l'air tout à fait adaptée au job, avec le sang coagulé sur la lame. Il pouvait même y voir quelques mèches de cheveux.
Jefferson était en pleine réflexion. Comment se saisir de la hache avec sa main énorme ? Et il avait les mains tellement moites .... Puis la fissures rugissantes qui venait de s'ouvrir entre lui et la hache ne l'aidait pas. Jefferson partit dans un grand éclat de rire qui se transforma vite en sanglots déchirants et hurlements.
La porte s'ouvrit, elle aussi, sur un homme d'une carrure toute aussi imposante que son actuel compagnon de crise. Il avait les même cheveux roux et de la barbe. Même age, même tête. l'oeil de Jefferson s'illumina en pensant reconnaître des compères voleurs (piètres voleurs en tout cas). Le nouveau venu examina la scène, les poings sur les hanches et le torse bombé. Dans un éclat de rire, Jefferson lui fit remarquer qu'il ressemblait à une vieille femme comique. Une grand-mère agacée. Il avait l'air visiblement en proie à un ennui teinté de mécontentement.

-Ah ouais ? Jefferson estima qu'il ne s'adressait à personne en particulier. Ah ouais ? Ah ouais ?

Il mettait des heures à chasser ces saletés de cafards. Et c'était dur de se concentrer sur la tâche quand l'envie de vomir lui prenait comme ça à la gorge. Et personne ne remarquait les chauves-souries chauffées à blanc qui voletaient au-dessus de leur tête ? Alors qu'elles tissaient autour des trois occupants humains de la pièce une toile d'araignée phosphorescente. Il fallait agir.

-Ecoutez, mon vieux ...

-Toi, mon joli, tu peux aller te faire foutre direct.

Jefferson se retrouva vexé au-delà du raisonnable. Il savait pourquoi il était convoqué ici mais ne comprenait plus. Il avait oublié. Il y avait bien une raison mais ... Avec beaucoup de difficulté, une fois qu'il eut chassé tout les cafards grouillants, il se leva et s'approcha en titubant de l'observateur hirsute, aux sourcils en accents circonflexes et aux lèvres pincées par le dégoût (et l'odeur sûrement, il puait).
Il entendit la voix de la sagesse lui dire de laisser tomber (l'autre rouquin, la sagesse, tordant !), mais il n'y prêta aucune attention. Une vision fantasmée de lui-même après la bagarre s'alluma dans son esprit, flottant dans une brume de sérotonine.

C'est alors que le barbu prit ombrage des mains qui le tenaient par le revers et colla à Jefferson un coup de boule d'une rapidité et d'une précision étonnantes. Il atterrit sur les fesses avec une rapidité égale et une précision inévitable, dans une position parfaite (hasard ou calcul de l'agresseur ?) pour recevoir son genou en pleine figure. Joli petit cours de physique pratique, aussi subtile qu'un boulet de canon écrasant un baba au rhum.


***


Compte tenu des bleus et de la collection toute neuve de douleurs et d'élancements dont le corps de Jefferson était à présent affligé, il supposa qu'il y avait eut une suite. Contraint de supposer, car une nuit sans ambiguïté avait englouti sa conscience une fraction de seconde après l'impact, pour ne le recracher que de longues heures plus tard.
Jefferson était alors à présent confortablement installé entre un conteneur de recyclage et une montagne de papier lacéré, dans une ruelle, derrière un magasin. Son point était serré sur quelque chose, il n'y faisait pas attention, n'osant pas desserrer la main. Il pissait le sang, difficile de savoir d'où.
Dépouillé, c'était sûrement le terme consacré. Refait. Eu. Baisé. Ça lui apprendra -peut être.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 5:25

Hii !

Belle sauta en arrière, les mains devant la bouche pour faire taire sa surprise, les yeux ronds et paniqués. Elle avait d'abord pensé à un cadavre. Et son sang s'était refroidie brusquement dans tout son corps. Elle resta plantée durant une longue minute, à le fixer, tentant de savoir s'il respirait ou non. Sa tête bougea légèrement. Ses jambes se gorgeaient d'énergie. Contre ses lèvres, elle sentait ses petits doigts glacés de terreur trembler. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle s'était mise sous apnée. Cependant, lui, respirait toujours. En reprenant son souffle, une main sur le cœur, elle regarda autour d'elle. La bonne conduite aurait sans doute été de venir à son secours sans hésitation. Mais, une étrange envie de s'enfuir vint lui chatouiller l'esprit une fraction de seconde. Cette fraction de seconde instinctive où l'esprit déballe tous les dangers potentiel que représentait le fait d'aider un homme entre deux poubelles, dans une ruelle sombre. Elle ne se souvenait plus des statistiques mais, la télévision en parlait assez pour qu'elle hésite une seconde.

La soirée, pourtant, semblait l'avertir de sa singularité, dès la fermeture de la boutique. Si Archibald était un homme d'organisation, les récents événements avaient conduit le libraire à un laxisme paresseux. Lorsque Belle revint avec la promesse que la librairie ne mourra pas, il fallut se mettre à jour. Ils étaient partis, après la fermeture, à plusieurs heures de rangement, de paperasses et de mise à jour diverses et colorées. Belle souffla plusieurs fois. Il s'agissait du travail le moins passionnant, dans son domaine. Lorsqu'ils terminèrent leur labeur et qu'Archibald la libéra, la soirée était déjà très avancée. Le vieux librairie, avant de laisser son employée rentrer chez elle, lui offrit la lourde tâche d'aller jeter tous les papiers périmés et dépassés. Il y en avait tout un carton. Lorsqu'elle sortit, son paquet de feuilles dans les bras, Belle avait déjà la mort dans l'âme. Elle chercha dans son esprit les chiffres qui parlaient de jeunes femmes agressées, en pleine nuit. Elle voulut appeler son père pour se rassurer mais, ses mains étaient déjà lourdement prises.

En approchant doucement du cadavre qui respirait encore, Belle sortit discrètement ses clefs et les empoigna comme un cran d'arrêt. En approchant, elle constata le sang avec plus de clairvoyance. Elle blêmit et se jeta sur le monsieur qui, de toute évidence, ne semblait pas en mesure de lui faire grand mal.

Monsieur ? Monsieur ! Vous m'entendez ?

Elle songea que ses interpellations ne serviraient à rien. Elle rangea ses clefs pour attraper son téléphone. Appeler des secours était encore la meilleure des solutions. Elle tendit le bras pour poser une main rassurante sur son épaule mais, se rappela qu'il était déconseillé de toucher un blessé. Elle se ravisa.

Ne bougez pas ! J'appelle les secours.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 10:45

Il leva les yeux, rien de très net, juste un fond de brique sombre et de ciel d'étain. Une ombre apparut, se découpa dans la faible lumière et vacillante que renvoyait le réverbère dans ses yeux. Dans son œil, l'autre était obstrué par du sang qui s'écoulait de son arcade sourcilière. Pendant une seconde il se demanda si ses agresseurs n'avaient finalement pas changé d'avis et était venu le terminer à coup de couteaux fourbes dans les côtes. Ça n'aurait pas été la première histoire de meurtre à Storybrooke. Sa tête était cotonneuse et ses pensées flottaient doucement dans le fil du courant qui dirigeait vers la facilité. La facilité qui était de ne pas bouger et d'attendre le sac de plastique traître qui se refermerait autour de sa tête. Il se demanda où on se débarrasserait de son cadavre et qui se rendrait compte de son absence ? Un huissier ou la banque. Quelle idée réconfortante.

Jefferson réussit à voir un visage apparaître avec plus de distinctions, au dessus du sien. Les traits de la demoiselle se firent plus nettes, les couleurs moins agressives. La mise au point se faisait doucement. Il se rassura en se disant que ce n'était sûrement pas un des sbires de Sher Khan (il ne se souvenait plus de la façon dont il se faisait appeler par ici). Elle ne ressemblait pas à une grosse armoire à glace. Et elle n'était même pas rousse. Jefferson se mit à suffoquer tout en ricanant. A présent en plus de ressembler à un chien galeux, il sonnait pareil.
Le chapelier est resté là, sans bouger, ouvrant et fermant la bouche avec la grâce d'un poisson qui s'étouffe. Avait-elle la moindre idée de la bêtise qu'il faut, lorsqu'on traîne dans ces ruelles, pour tendre une main secourable à la victime d'une bagarre, abandonné parmi les poubelles? Savait-elle sur qui elle risquait de tomber ?
Son bras se déplia pour prendre celui de la femme qui lui parlait mais il ne réussit pas à l'attraper. Sa petite sauveuse était hors de portée. Il avait un mal fou à calculer les distances.

Je vous en prie.... Je vous en prie, non... Je n'ai pas ... ah-je ne suis pas blessé. Durant son argumentation il cracha du sang sur son interlocutrice sans le vouloir. Jefferson  semblait être revenue un bébé, incapable de contrôler sa salive. Le sang se mélangeait à sa bave et il avait la ferme impression d'en avoir partout. Le gout de fer se répandit dans sa bouche.

Il tira une grimace de douleur lorsqu'en essayant de s'installer un peu plus confortablement, il fit glisser une poubelle qui le supportait très bien jusqu'à là. Alors qu'il se sentait lourdement tomber en arrière il agita un bras pour tenter d'attraper quelque chose -la nouvelle venue- pour se redresser.

Je n'irai nulle part, ça va. Si vous... si vous vouliez bien m'aider à me relever Vite.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 11:27

L'habitude ou la fierté. Sa réaction percuta gravement avec son sens du devoir. Belle songea qu'il ne devait pas être étranger à ce genre de situation. Ou se considérait-il méritant de son triste sort. Qu'importe, à présent qu'elle lui avait tendu la main, elle ne pouvait décemment pas l'abandonner là ou aller dans son sens. Tâché partout, sur le visage, dans la bouche, sur ses vêtements. Si la vue de son propre sang ne l'avait jamais gêné, celle d'autrui était bien plus répugnante et terrifiante. Dieu, qu'il sentait mauvais, aussi. Elle n'eut pas le temps de se demander si cet homme était un marginal à la rue ou un quelconque criminel victime de règlement de compte. Quelque part, elle s'en moquait.

Lorsqu'il tendit la main pour l'attraper, elle se recula légèrement. De dégoût ou de crainte. Puis, jugea plus posément en portant son téléphone à son oreille.

Effectivement, vous n'irai pas loin dans cet état, claqua-t-elle, sévèrement.

Il pensait sérieusement pouvoir se relever et rentrer tout pépouse chez lui, au plus grand des calmes ? Une bonne tisane et au lit ! S'il avait un chez lui. Elle se pencha un peu plus, évita sa main qu'elle trouva bien envahissante et décida surtout de l'aider à s'installer plus confortablement. Elle feula.

Psht ! Ne bougez pas, je vous dis...! Vous êtes blessé. Peut-être gravement. Restez- elle lui fit baisser sa main qu'il s'agitait vers elle. Restez tranquille.

Elle voulu rajouter un "idiot" mais elle pensa à tous ces gens, sortant d'un trauma, qui n'arrivaient décemment pas à reprendre leurs esprits. Belle décida qu'il délirait et qu'il valait mieux le rassurer gentiment.

Tous nos services sont occupés. Ne quittez pas, nous allons prendre votre appel.

Belle eut envie de s'énerver et d'engueuler son téléphone comme un vieux routier. Elle se demanda comment les services d'urgence pouvaient être occupés. Des services d'UR-GENCE. "Bonjour, veuillez patienter avant de mourir, nous allons prendre votre appel". Elle se demanda également comment une ville aussi calme que Storybrooke pouvait autant occuper ces services. Mais, disciplinée et bonne citoyenne, elle attendit un peu, essayant de garder le plus délicatement possible son nouvel ami - ça allait être drôle... là où il était. Lorsqu'elle comprit qu'il pouvait se vider de son sang en attendant que les ambulanciers arrivent, elle raccrocha.

Il lui fallut une demi-seconde pour évaluer la distance qui les séparait de la librairie. Quelques pas. S'il mourait en chemin, elle ne se le pardonnerait jamais. Mais, il valait mieux ça que l'inaction.

Bon, finalement... On va y aller doucement, d'accord ?

Elle se pencha d'avantage sur lui - oh seigneur, tout ce sang... pour l'aider à se soulever.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 12:21

Jefferson se laissa lourdement tomber en arrière. Il avait du mal à clairement comprendre ce que lui voulait la jeune fille si elle n'était pas là pour lui prêter une main secourable. Par main secourable il entendait bien sûr l'extirper de ce tas de détritus, mais elle n'avait pas l'air aussi pressée que lui. Venait-elle pour l'aider ou simplement pour le forcer à rester étalé dans sa propre misère (c'est comme ça qu'il avait décidé d'appeler les déchets qui l'entourait, c'était plutôt poétique) ? Apparemment elle n'avait pas l'air décidé à le sortir de là. En d'autres occasions Jefferson aurait pesté et râlé, traité d’incompétente la sois-disant sauveuse, peut être même qu'il se serait débrouiller pour la dépouiller à son tour de ses biens, histoire de lui apprendre un peu. Mais là il n'y voyait pas grand intérêt. Il n'en avait pas la force non plus. Si une divinité céleste l'avait secouée à ce moment-là, aucun doute que tout ses os se seraient disloqués et tombés comme des dominos à l'intérieur de lui.
Il aurait peut-être du protester. Il n'était pas gravement blessé. Ou en tout cas rien qui ne se répare avec un peu (beaucoup) de repos et une bonne tisane (de l'anti-douleur, beaucoup). Jefferson n'avait absolument pas envie d'aller séjourner à l'hôpital, mais il ne voyait pas l'intérêt de riposter contre la demoiselle qui ne semblait pas vouloir le laisser partir de ci-tôt. Il se reposa donc contre les poubelles, se laissa engloutir entre les sacs plastiques puant. Il fallait se faire une raison, il n'allait pas ramper le plus rapidement possible jusqu'à chez lui. S'il ne mourait pas d'une hémorragie ça serait d'une infection.

Jefferson ne s'y connaissait pas beaucoup en médecine. Mais de ce qu'il avait retenu de ses voyages et des films qu'il avait vu, en général il fallait éviter de laisser s'endormir le blessé. Il aurait pu le faire remarquer à la jeune femme. Mais elle l’agaçait pour être tout à fait honnête et il avait bien envie de lui montrer qu'elle faisait tout de travers. De lui jeter un "Ah-ah ! Tu vois ! Je t'avais bien dit de m'aider à me relever, petite truie !" Elle ne ressemblait pas à une truie. En réalité elle était très jolie. Mais agaçante. Elle ressemblait à une de ces je-sais-tout, avec ses petits airs supérieurs. Elle le regardait de travers, Jefferson n'avait pas manqué les petits coups d'oeil en coin et son nez plissé. Elle avait l'air sur le point de vomir (lui aussi il était sur le point de vomir, son estomac se contracta). Tant pis pour elle. Il ferma les yeux, bien calé entre deux sacs plastiques. Avec un reniflement entendu il jugea le moment tout à fait opportun pour se laisser tomber dans les bras de Morphée.

Sa voix vint le tirer de son micro-sommeil de dix secondes envions. Jefferson ne réagit pas tout de suite. Il s'offusqua alors de la voir le tripoter, se redressant sensiblement, avant de réaliser qu'elle voulait l'aider à se lever. Jefferson attrapa son bras pour se tirer en avant. Il ne la lâcha pas tout de suite, souhaitant se stabiliser avant tout.
Oh, le sol tanguait un peu. Il s'était levé trop vite, le sang lui était monté d'un coup à la tête. Jefferson lâcha Belle en même temps que sa dent qui se trouvait dans la pomme de sa main et alla ricocher par terre.

Vous voyez, il n'y avait vraiment pas de quoi s'in- ... ah, une seconde. Je ... tiens debout. Tout va bien.

Il n'y avait plus grand chose d'honneur à sauver (le sien traînait probablement à côté du filet de sang qui avait commencé à coaguler sur les poubelles puantes). Une nuit, plusieurs heures, entre un tas d'ordures, ce n'était pas ce que l'on faisait de mieux question aromathérapie. Même si, personnellement, il trouvait sa nouvelle odeur putassièrement séductrice. Un filet de bave mêlée à du sang s'échappa de sa bouche alors qu'il pourrait de rire. Il tenta de reajuster son manteau, bien conscient de sa piteuse allure.

Eh bien .... Je vais rentrer à présent. Et ça serait bien plus sage pour vous d'en faire autant.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 12:56

Belle ne le lâcha pas immédiatement. Doucement, elle le redressa et tenta de le garder debout. Il la repoussait mais semblait tout à fait maître de lui-même. Elle le rattrapait, le redressait et le regardait avec agacement tandis qu'il tentait de garder toute sa virilité. Comme il ne souhaitait pas qu'elle reste à ses côtés et qu'il voulait absolument lui prouver que tout allait bien - comme le signifiait son visage ensanglanté et ses dents rougies - elle le lâcha doucement. Sa main était tendue vers lui et s'empressait de revenir à son bras à chacune de ses faiblesses. Il tanguait comme une vieille épave. Elle le jugea avec surprise. Belle voulu lui signifier que sa gueule dégoulinait encore un peu trop pour pouvoir dire que "Tout va bien" mais comprit qu'il pouvait très mal le prendre. Il était debout, elle était seule. Si, allongé entre les poubelles, il ne représentait aucune menace, elle révisa son jugement en voyant à quelle vitesse il reprenait du poil de la bête.

Si vous le dites... souffla-t-elle sans oser le contrarier.

Elle se recula d'un pas et croisa timidement les bras en le toisant de haut en bas, tandis qu'il s'arrangeait - pour qui ? Elle n'était pas encore trop sûre de le savoir. Son conseil sonna, à ses oreilles, comme une insulte. Ou une menace tacite. Contrariée mais inquiète, elle soupira.

Ecoutez. J'ai un ami qui habite à deux pas d'ici et qui est médecin. Je serais beaucoup plus rassurée si vous acceptiez de vous laisser ausculter.

Archibald n'était pas médecin. Mais Archibald savait tout et savait tout faire.

Belle se demanda pourquoi Diable avait-elle besoin d'être rassurée sur l'état de santé de cet illustre inconnu. Il semblait être sûr de lui et débrouillard. Elle n'avait aucune obligation. N'avait aucun intérêt. Pis encore, elle se doutait, au fond, qu'il ne devait pas être très innocent dans sa propre misère. Pourtant, elle songea que si elle le laissait partir dans cet état, elle penserait à cet étranger qui pourrait mourir d'hémorragie à n'importe quel moment, sur son trajet, durant toute la nuit. Dieu sait où il habitait. Le savait-il lui-même ? Sa conscience était le pire de ses défauts. Ce soir, elle ne dormirait pas tranquillement et le lendemain, elle se serait sans doute ruée dans les journaux, direction Rubrique Nécrologique. Si elle n'insistait pas pour lui, finalement, c'était un peu pour la soulager elle. Elle le regarda avec de grands yeux de chiots.

Ne soyez pas têtu... Vous voyez bien que c'est dangereux pour vous de partir dans cet état...

De temps en temps, elle décroisait brutalement les bras, dans un geste salvateur pour tenter de le rattraper, à chacun de ses balancements un peu trop violent. Puis reprenait sa position, un peu impuissante face à la stupidité de son ami.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 14:06

Jefferson tenait debout. Plus ou moins bien, mais il tenait debout et c'était l'essentiel. Il essayait de faire abstraction de la douleur qui le tirait, le poussait partout, lui faisait ressentir chacun de ses muscles ou de ses os. Il fit pas, puis un second. Il serra les dents, qui crissèrent de la façon la plus désagréable possible, alors qu'il sentait sa rotule se dérober sous son propre poids. Ses instincts mettant sa fierté de côté, il se rattrapa à la jeune femme alors qu'il allait s'écrouler au sol. Son genou ne manqua pas de claquer contre la plaque d'égout et il émit un sifflement de douleur contenue. En effet, il n'irait pas bien loin comme ça. Là, maintenant, Jefferson se serait bien écroulé de rire, pleuré de rire même. De tout son saoule, jusqu'à manquer d'air et devenir rouge, le visage gonflé. Rire à en faire peur aux passants, comme un cinglé. Il détestait cette ville plus que le Pays Imaginaire, plus que ce putain de chat du cheshire, probablement.
Dans un effort surhumain Jefferson se releva. Avec une délicatesse qui lui était de plus en plus rare ces jours-ci il s'appuya sur l'épaule de la jeune femme, essayant de ne pas y mettre tout son poids. Si elle voulait aider alors elle n'avait qu'à aider.

Très bien, très bien! Si vous insistez. Ça coûtera toujours moins cher que les urgences.

S'il y avait une règle qui était assez similaire à celle de la Forêt Enchantée c'était la règle de l'argent. Sans argent on te laissait à crever la bouche au sol. Pas étonnant que des bandits en viennent à tuer. L'ironie de la situation. Un coup d'oeil à sa sauveuse de fortune lui permit de conclure qu'elle n'avait certainement pas les moyens de payer un médecin de nuit ou les urgences. Et il n'avait pas besoin de se voir pour en venir à la conclusion qu'il avait sûrement la même dégaine qu'Alfred le SDF qui mendiait toujours devant la boulangerie du centre.

Vous êtes quand même bizarre. Franchement, qui est assez cinglé pour venir en aide à un type à la gueule toute cassée, se noyant dans son propre sang et au milieu de la nuit ? Le trois quart des gens auraient baissés les yeux et tracé leur route. Et l'autre quart aurait sûrement finit de me dépouiller. Jefferson tâta ses poches, confirmant simplement ce qu'il savait déjà. Quoi qu'ils n'auraient rien à récupérer. Sauf! Si j'ai déjà été revolé à nouveau. C'est une possibilité.

Il fallait qu'il arrête de parler. D'autant plus qu'avec ses dents cassées, le sang qui bullait sous son nez et lui montait à la gorge, il était incompréhensible. Et crachait partout. Jefferson faisait de son mieux pour éviter de postillonner sur le visage de la belle, il espérait qu'elle s'en rendrait compte. Il n'était pas si ingrat que ça, au fond, juste très fatigué après une rude journée. Ou soirée en l’occurrence. Au moins à débiter autant d'ânerie il savait que sa mâchoire n'était pas cassée. Juste très engourdit et fatiguée.

Vous n'auriez pas un mouchoir, par hasard ?

Ce fut surtout des sons gutturaux et rauques qui sortirent de sa gorge. Il se retourna pour cracher. Pourquoi est-ce qu'il n'arrivait pas à avaler sa salive correctement, bordel de merde. C'était pourtant pas compliqué, à un an en général c'était plutôt bien acquit.

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Dernière édition par Jefferson Dodgson le Jeu 5 Mai - 17:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 14:42

Elle sourit, qu'il accepte. Radieuse et rassurée, elle revint à lui et le redressa, une main sur son torse. C'était qu'il manquait de tomber en avant et elle n'aurait sans doute pas la force de le retenir, s'il décidait de s'évanouir sur le chemin. Il n'était pas bien épais mais Belle était minuscule, à côté de lui. Elle sentait qu'il était assez lourd pour l'emporter avec lui sur le sol. Sans autre réponse que son visage qui s'était illuminé, Belle se concentra sur ses pieds en se mordant la lèvre.

Alors... Doucement... Vous allez voir, c'est vraiment pas loin.

Premier pas. Second pas... Ca semblait être bien partie. L'entendre parler la rassurait un peu. Un peu. Par politesse et habitude, elle remontait de temps en temps la tête vers lui mais la rebaissait tout aussitôt en revoyant ce visage bouillonnant de sang. Pourtant, elle avait besoin de lire sur ses lèvres. Elle comprit son discours, enjolivé d'une musique de gargouillis visqueux et de crachotements élégants. Elle le gratifia d'un sourire flatté. En vérité, Belle n'était pas tant flattée que cela. Elle considérait très mal l'égoïsme des gens et son acte était celui d'une citoyenne. Elle voulu lui dire qu'il se trompait. Que n'importe qui aurait fait de même. Que lui-même l'aurait fait pour quelqu'un d'autre. Mais, le profil de la victime se dessinait peu à peu dans son esprit. Non, cet homme n'aurait sans doute rien fait pour secourir une victime. Comme il le disait, l'aurait-il sans doute dépouillé. Cette pensée lui fit perdre une seconde son sourire et tandis qu'elle continuait de marcher, elle le regarda avec plus de curiosité. Elle avait toujours été la proie des salauds. C'était la première fois qu'elle se retrouvait d'aussi près avec un individu de cette espèce-là. Elle trouvait ça fascinant. Elle songea que si elle l'avait laissé mourir là, sans doute aurait-elle protégé des dizaines de personnes. Puis, elle eut un sursaut de colère envers elle-même. Elle voulut s'insulter de juger aussi facilement son prochain. Elle ne le connaissait pas. Elle détestait avoir ce genre d'acquis. Alors, elle retrouva son sourire. Et rit.

Je ne vois pas du tout où vous voulez en venir. Mais, dans le doute, je vas prendre ça pour un compliment !

Elle savait parfaitement où il voulait en venir et qu'il ne s'agissait pas du tout d'un compliment. C'était qu'il la traiterait presque d'imbécile et de naïve s'il n'était pas à moitié gisant dans le caniveau. Et il n'aurait sans doute pas tout à fait tort. Quand il fouilla ses poches, elle se sentit à la fois triste et en colère pour lui. Puis, se rappela qu'elle ne le connaissait pas et qu'il fallait qu'elle prenne du recul. Ca ne la concernait pas. Ca commençait par ça et ça terminait par des "Vous pourriez me prêter un peu d'argent pour rentrer ? Pour aller a l'hôpital ? Pour rembourser ma prothèse ? Pour aller aux putes ?"

Mh. Oui, bien sûr !

Le mouchoir. C'était pour le mouchoir. L'entendre cracher à côté d'elle lui soulevait le coeur et elle sentait sa gorge se nouer pour refréner de violentes envies de vomir. Elle évitait la vue de son visage et fixait le sol, ses pieds ou l'horizon pour se repérer. Elle se pencha et sortit un paquet de Kleenex de sa poche. Elle le lui tendit ouvert. Belle ne pouvait pas lui en sortir un, son autre main était bien trop occupée à le soutenir.

Elle leva les yeux et aperçut l'enseigne à quelques mètres. Tout semblait éteint mais à l'étage, là où vivait Archibald, elle voyait encore son ombre s'agitait dans l'obscurité. Ils étaient chanceux.

Encore un petit effort. C'est juste là. Elle désigna la porte de la Vieille Librairie. Mon ami habite juste au-dessus.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 18:59

Il tendit une main tremblante pour récupérer un mouchoir, échouant une première et deuxième fois. La troisième tentative à extirper le kleenex de sa prison de plastique fut la bonne. Il constata avec un peu de peine qu'il avait complètement niqué son paquet, à présent couvert de sang et de boue. En plus l'odeur allait être insoutenable pour quiconque tenterait d'en utiliser un à présent. Jefferson ralentit un peu le pas pour se moucher. Il avait tout autant de morve que de sang dans le nez, c'était assez fascinant (non, c'était dégueulasse et lui donnait l'impression de se noyer dans son propre nez). Jefferson plia le kleenex en quatre pour donner une impression de savoir-vivre et appliqua le mouchoir contre la plaie béante sur son arcade sourcilière. Il tâta au passage l'état de son oeil qu'il n'arrivait pas à ouvrir. Il avait certainement un bel oeil au beurre noir.

Je vous en offrirai un autre, si ça peut vous faire plaisir. De paquet de mouchoir, je veux dire. C'est... Merci. Il pue maintenant, désolé. Il fallait s'y attendre.

De toute façon Jefferson imaginait bien la jeune fille jeter le plus loin possible ledit paquet avant d'y mettre le feu. Elle allait certainement faire de même avec ses fringues. La pauvre devait puer la mort également. Quoi que la mort ne puait pas. Le petit duo sentait juste les détritus de toute une ville. Comme s'ils s'étaient roulés dedans pareil à des gamins en plein jeu. Sauf que ce n'était pas le cas, du tout. Jefferson retira le mouchoir de son front. Il sentit que du papier resta collé dans la plaie. Combien de points de sutures ? Pas beaucoup d'après lui, qui ne s'y connaissait pas du tout en médecine. Au moins il n'aurait pas à tenter de faire ça tout seul devant un miroir. Dans beaucoup de film les héros se recousaient comme ils reprisaient leurs culottes, Jefferson était à peu près persuadé qu'il manquerait de courage pour le faire lui aussi.

Il leva les yeux vers l'établissement que lui désignait sa nouvelle amie d'infortune, virant quelques mèches de cheveux de son visage pour dégager sa vision déjà limitée. Soudain un doute l'étreint. Un mouvement d'hésitation trahit la pensée qui lui traversait le cerveau, il dérapa mais le bras secourable de la jeune femme fut son salut. Il s'aggripa à elle pour se redresser.


Je suis venu ici, une fois. Je crois. Je cherchai un livre mais je ne l'ai pas trouvé. C'est charmant.

Et si cette agréable, charmante, aimable, petite demoiselle avait en réalité un complice qui attendait qu'elle rameute des victimes inoffensives (même le gabarit souris face à lui aurait pu le mettre au sol sans problème) pour faire du... trafique d'organes, à tout hasard ? Jefferson n'était même pas sûr que ses organes soient en très bon état actuellement. En tout cas ça expliquerait pourquoi elle mettait un point d'honneur à sauver un type, qu'elle ne connaissait ni d'Adam ni d'Eve, des poubelles, y mettant une volonté presque religieuse. Et un ami médecin qui habitait à deux pas ? Le hasard était vraiment trop gros pour y croire. On était pas dans un film où les deus ex machina se promenaient avec les cheveux tirés en queue de cheval.
Jefferson devait bien se faire une raison. Ce n'était pas la première ni la dernière fois qu'il se retrouvait dans une situation pareille. Il trouverait bien un moyen de s'en sortir.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 20:57

Elle regarda le paquet. Puis, son blessé. C'est vrai qu'à présent, ces mouchoirs ne moucheraient plus grand chose, à présent. Quelle tristesse. Quel gaspillage ! Oh, c'était insensé ! Comment osait-il foutre en l'air son paquet ? Belle éclata de rire à sa réflexion qu'elle ne put s'empêcher de trouver adorablement attentionnée. Mais, également, très bête et candide. Elle manqua presque de le lâcher, tant il avait l'air piteux et désolé pour se pauvre paquet en plastique. Elle rit de bon coeur.

C'est vrai. J'exige réparation pour cette offense ! Un paquet de mouchoir sali... C'est d'une honte, mon bon monsieur ! Elle eut un nouvel éclat de rire et lui tendit le petit sac plastique. Allons donc ! Je vous l'offre avec plaisir, ajouta-t-elle, l'air de rétablir l'ordre des choses.

Puisqu'il l'avait sali, ce serait à lui de le jeter. Si ça lui permettait de ne pas trop avoir les tripes en l'air... Belle songea également qu'il aurait sans doute besoin d'un autre mouchoir avant qu'Archibald ne daigne ouvrir. Elle se doutait très justement qu'il n'allait pas être simple à convaincre. Elle redoutait même qu'il décide de ne même pas lui ouvrir la porte. Mais, il s'agissait de son vieil ami et il n'oserait sans doute jamais l'abandonner à ses malheurs. De tous ceux qu'elle avait connu, le libraire était celui qui l'avait le plus soutenu. De gré ou de force.

Tandis qu'il coagulait son sang avec des lambeaux de papier, Belle ne pu s'empêcher de légèrement se pecher vers lui et sa grande plaie. La vue de tout ce jus de grenadine était offensant pour sa petite sensibilité. Mais, elle avait, depuis le début du trajet, cette étrange fascination qui la forçait presque à tourner le regard vers lui. Elle grimaça.

Celui qui vous a fait ça ne vous a pas raté...

Elle eut un geste furtif vers lui et sa plaie. Mais, son éducation vint lui taper la main sévèrement et Belle se ravisa. Lorsqu'il glissa, elle s'exclama d'un étonnement inquiété.

Ca va ?

La question n'avait pas besoin de réponse. Il semblait avoir la force de tenir encore un petit bout. Mais, elle pensa que ses jambes commençaient à flageoler et à se fatiguer. Elle ralentit avec lui et tenta d'y mettre un peu plus de force pour mieux lui servir de béquille. Sa réflexion lui fit plaisir mais elle ne se souvint jamais de l'avoir vu ici. Elle ne put s'empêcher de le penser menteur, quand bien même il aurait été cent fois possible qu'il passe à la librairie sans qu'ils ne s'y soient croisés. Elle hésita à répondre à un mensonge ou baisser simplement la tête d'embarras. Elle jugea de trancher entre deux, sans chercher trop l'explication.

Vraiment, sourit-elle ?

Elle décida de ne pas avouer tout de suite qu'elle travaillait ici. Si Belle avait fait la maligne en l'emmenant jusqu'ici, si elle avait supporté le sang peut-être infecté de maladie sur elle et si elle avait discuté avec lui de bon coeur, elle n'oubliait pas que sa vie privée était un trésor qu'il valait mieux garder pour soi. Elle pourrait peut-être le lui annoncer, une fois qu'Archibald lui aurait fait peur. Si l'occasion se manifestait. L'idée la fit sourire, juste avant d'appuyer sur l'interrupteur.

Ensemble, sous le porche de la boutique, ils attendirent quelques secondes qui parurent des minutes entières, à l'esprit de la jeune femme avant qu'elle ne re-sonne, cette fois, plus insistante. Archibald n'ouvrait jamais, dépassé une certaine heure de la nuit. Une voix grésilla à l'interphone, sévère.

Je vous jure que si vous vous cassez pas maintenant, bande de petits cons, c'est moi qui vais...
Archi, c'est Belle. Tu peux descendre, s'il te plait ?
Silence.
J'arrive.

Son coeur commençait à se serrer et elle se mit à préparer d'avance son discours.

Il est un peu rude mais, il est gentil, souffla-t-elle, comme pour s'excuser par avance.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 5 Mai - 23:29

Celui qui lui avait fait ça... Comment est-ce qu'il s'appelait déjà ? Un grand type, immense (il n'était pas particulièrement grand mais ce gars là ... un géant !), grosse mâchoire, gros nez, cheveux roux un peu absents par moment et yeux claires. Le frangin avait un patch noir pour dissimuler un œil crevé. Jefferson ferma les yeux un instant. Il revoyait très bien le front dégarni approcher à toute vitesse de son visage, suivit du genoux. Boom, en pleine gueule. Puis le trou noir.
Ah si ! Ça lui revient. Les frères Stabbington. Ce sont les frères Stabbingtons qui ne l'ont pas ratés. Non, on peut le dire, en effet.

Jefferson ne pu s'empêcher de sourire en la voyant s'inquiéter pour son état physique, touché par cette attention qui semblait tout à fait spontané. Il acquiesça pour simple réponse et dévoila ses dents (et un trou dans son ex-parfaite dentition) dans un sourire des moins séduisant mais pourtant sincère. Il n'allait pas exactement bien, non. Pour tout dire il avait vu des jours bien meilleurs. Chaque goulée d'air qu'il prenait semblait lui déchirer les poumons, remplir d'un air froid l'intérieur de tout son être. Et pourtant il trouvait qu'il se remettait plutôt bien. Certes il ne pourrait certainement pas se remettre à gambader de ci-tôt mais au moins il n'était plus gisant au fin fond d'une décharge et tout ça grâce à la jeune fille. Peut être qu'il ressentait encore les effets de la drogue. Il n'avait plus d'hallucination mais était certain de moins sentir la douleur qu'il ne l'aurait du. Impossible de savoir combien de temps le thé de Wonderland faisait effet. Il pourrait tenter des études. Ca l'occuperait.

Il me semble que c'était celle-ci. Il n'y a pas non plus énormément de librairies en ville, si ? C'était pour... je ne sais plus. A propos de Storybrooke. Longue histoire. Au final le bouquin que j'ai ramené à finit par me servir pour caler une table. Je ne suis pas un grand lecteur.

Sa capacité de concentration n’excédait pas celle du hamster et trop de mots sur une page lui donnaient bien trop vite mal à la tête pour l'intéresser suffisamment longtemps. En revanche il ne se souvenait plus de la tête de la personne (l'ami dont elle parlait) qui l'avait encaissé parce qu'il était partit le livre sous le manteau sans prendre la peine de passer par la caisse. Il aurait pu, Jefferson était loin d'être pauvre, mais il y avait une petite vieille à la caisse et il n'avait pas le temps. En plus les vieux étaient les pires, véritables suppôts du Cheschire, aigrit persuadé que le monde entier les détestait et qu'il fallait le lui rendre. Les justifications défilèrent dans sa tête. Au pire il rendrait le livre à l'ami de sa petite sauveuse. Il était certainement toujours en très bon état.

Jefferson libéra de son poids l'épaule de la jeune fille pour aller s'appuyer contre le mur à la place. Il avait bien vu que sa démarche était de plus en plus faible et qu'elle n'aurait pas tenu bien longtemps. Autant la décharger tout de suite du poids qu'il représentait. Adossé contre la porte, Jefferson essuya son nez d'un revers de manche. Il tira une grimace. Le silence devenait pesant et il se demanda si l'ami en question n'était pas endormi. Ça n'aurait rien eut d'étonnant vu l'heure tardive à laquelle ils se présentaient à sa porte. Jefferson se redressa légèrement, ouvrant la bouche pour parler. Il fut interrompu par un grésillement suivit d'une flopée de jurons sur un ton des plus agressif.

Jefferson échangea un regard avec Belle qui tenta de justifier l'attitude quelque peu ... rude, comme elle le disait si bien, de son ami. Ses sourcils étaient montés haut sur son front en accent circonflexe. Jamais il ne se serait dit que la soirée serait aussi mouvementée. Allait-il vraiment se faire recoudre ses plaies ? Il avait plutôt l'impression qu'il risquait de se faire jeter par la fenêtre au dessus de la librairie. Soudainement l'idée de rentrer chez lui en rampant ou encore de retourner s'installer dans les poubelles ne lui semblait plus si terrible que ça. Il étira tout de même un sourire maladroit, bien peu sûr de lui.

Si vous le dite. Je m'appelle Jefferson, au fait.

Il préférait faire les présentations maintenant. Au moins on ne pourrait pas lui reprocher complètement d'être un inconnu (il était champion en mauvaise foi, il fallait l'admettre). Il choisit également de s'éloigner un peu de la porte (retournant vers la jeune femme pour l'utiliser comme soutient). Le bonhomme avait l'air du genre assez brusque, il n'avait pas envie d'ajouter à sa longue liste de blessures une porte malencontreusement prise dans la tête.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Ven 6 Mai - 4:16

Elle rit. Elle trouvait son anecdote amusante. Pas parce qu'il maltraitait un livre - quelle offense... ou parce qu'il semblait aussi perdu, sans doute, que ce jour où il était venu chercher son fameux bouquin. Non. C'était la façon dont il la lui racontait, comme une vieille blague que l'on ressort pour les grands événements mais dont on a oublié la moitié de l'histoire et qui faisait éclater la chute comme un pet mouillé. "Alors, c'est l'histoire de Toto... Il est a l'école et... Et je crois que sa maîtresse lui dit un truc, je sais plus. Enfin bon, à la fin, Toto répond que sa maman est morte". Plus elle le regardait et moins il avait ces airs supérieurs et dégagés de dandy snob, derrière sa noble couche de crasse et de bleu. Elle lui trouvait même une tendresse presque candide. Avec son sourire de travers et ce sang séché sur la gueule. Il faisait pitié, le pauvre.

Je vois. Sale destination, pour un livre... Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Elle rit un peu pour dédramatiser sa propre rigidité à ce propos. Ca doit être l'une des pires, avec le vieux tiroir poussiéreux.

Il sembla qu'il n'y avait sans doute qu'elle pour compatir au sort d'un livre. Sa lucidité sur ses propres exutoires était finement réaliste. Dans cette ville, les livre n'étaient pas la passion de tout le monde. Sinon, sans doute, le magasin n'aurait jamais été menacé. Elle souffla à cette pensée tandis qu'elle patientait gentiment devant la porte. L'entendre se présenter lui arracha un visage surpris. Comme s'il était admis que jamais ils ne se revoient et que jamais ils ne se reparlent. Comme si connaître son identité lui donnait un pouvoir sur lui. Le pouvoir de lui donner une existence propre à la sienne. Elle sembla s'adoucir et lui sourit. Puis, en roulant d'un œil pensif, elle se mit à rire délicatement.

Et bien, enchanté de vous connaître, Jefferson ! s'exclama-t-elle en souriant de toutes ses dents. Elle jugea qu'elle n'avait pas besoin de décliner son nom puisqu'elle venait de s'annoncer à l'interphone.

Belle se rappelait à quel point ses plus charmantes rencontres se faisaient toujours en de plus sordides situations. Avec le temps, elle apprenait que la vie lui réservait ses plus beaux atours autour des coins les plus fumeux. Elle se dit avec poésie qu'il s'agissait, quelque part, d'une invitation de sa bonne étoile à se laisser porter par le courant de ses mésaventures. C'était drôle et lyrique. Dans son esprit, ça lui plaisait beaucoup. Ca sonnait bien. Dans la pratique, elle se retrouvait couverte de sang et sentait à présent la vieille carne. Ou alors, se réveillait au milieu d'un lit étranger, étouffée par une amnésie ravageuse. Il n'y avait rien de très romanesque là-dedans mais, après coup et avec du recul, elle appréciait ces petits sursauts qui la réveillaient à intervalles réguliers.

Quand il se redressa du mur, Belle tendit un bras pour l'accueillir à elle. Il faisait bien, il aurait été trop près d'Archibald. Mieux valait faire bonne impression. De l'autre côté de la porte, on entendait des bruits de pas. Un rideau qui s'ouvrait. Puis, le verrou qui cliqueta. Archibald redressa la tête vers Belle.

Alors, qu'est-ce qu'il...

Son silence était fort de signification. Il regardait Jefferson de haut en bas comme on toise une pizza que l'on aurait pas commandé. Belle tenta son plus beau sourire.

Non. Non, non, non ! Ses exclamations montaient de plus en plus haut dans les décibels. Belle grimaça et ferma un oeil, tant sa colère était prévisible.
Alors, maintenant, ça suffit ! J'ai rien dit pour le chat ! J'ai rien dit pour les pigeons ! (Archibald comptait sur ses doigts) - Tourterelles... - Mais ça... C'est quoi la suite ? Un cirque ? Tu ne sais pas lire ? C'est un comble, quand même ! Je tiens une librairie, Belle ! Pas un ref...

Belle insista. "S'il te plait Archi...", "Tu ne vas pas l'abandonner là..." "Archi, ne soit pas aussi cruel..."

- Mais, regarde-le ! Il le désigna d'une main dédaigneuse. Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis magicien ?! Qu'il aille voir un docteur !
- Il n'a pas les moyens... Et dans son état, il pourrais même pas faire deux pas sans... Elle penchait la tête sur le côté, petite et fatiguée.
- Ah, la barbe ! C'est pas mon soucis ! Il leva une main de colère pour la faire taire et regardait à peine Jefferson.

Belle le regarda gravement avec de grands yeux. Puis soupira.

- Tant pis. Moi, en tout cas, je ne vais pas l'abandonner.
- Quoi ? Tu ne le connais même pas ! Archibald s'adressa à Jefferson, brutalement. Tu la connaissais, toi ?! Puis, il leva haut les bras, dans une théâtrale indignation, sans attendre de réponse. Il riait jaune. Bien sûr que non !

Belle souleva un peu plus son ami et eut l'air de se gonfler d'assurance. Elle fronça sévèrement les sourcils et sembla contrarier.

- Bon ! Si tu ne veux pas l'aider, c'est pas grave. Pas la peine de débattre, j'ai compris. Je suis désolé de t'avoie dérangé, Archi.

Elle échangea un regard qu'elle voulait complice à Jeff, tandis qu'elle faisait mine de faire demi-tour. Archibald baissa la tête et commençait à fermer la porte, d'une lenteur coupable. Finalement...

- Ah, la Peste ! Aller, entre ! Le visage de Belle éclata soudaine d'un radieux sourire et entraîna Jefferson à l'intérieur. Archibald refermait derrière elle. Elle passa furtivement lui embrasser la joue. Il se baissa lorsqu'elle approcha, roula des yeux et s'adoucit presque instantanément. Pose-moi ça sur le canapé et dis lui de se déshabiller. Je reviens.

Archibald ne laissa guère le temps de le contrarier. Il remonta tout aussi vite par un escalier derrière le comptoir et disparu derrière un vieux rideau en maugréant. Regardez-moi ça... Il salope tout le plancher... Mais, quelle misère... Je vous jure...

Belle obéit et, une main le soutenant toujours par la poitrine, elle l'entraîna au fond de la boutique.

Vous pourriez attraper le tapis sur le radiateur et me le donner, s'il vous plait ? Lui intima-t-elle en tendant la main. Elle avait bien trop honte pour se permettre de détruire le meuble du petit salon. Le tapis serait sans doute plus facile à laver, s'il se tâchait de sang.

Elle lui sourit gauchement et rit d'un souffle timide.

Encore désolé... Pour l'espèce de. Elle fronça les sourcils comme si elle-même n'en revenait pas. De marchandage. Je vous assure, il est beaucoup plus gentil qu'il en a l'air.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Ven 6 Mai - 22:52

Difficile de rester digne dans un moment pareil. Mais Jefferson avait laissé sa dignité au milieu des poubelles un peu plus tôt. Il serra les dents (qui lui faisait bougrement mal soit dit-en passant) avant d'afficher un sourire de touriste, le genre qu'on fait quand on pense devant un monument et qu'on attend le déclic de l'appareil photo. Un sourire qui sonnait complètement faux et beaucoup trop forcé. Mais bientôt la conversation des deux le fatigua. Belle tentait tant bien que mal de lui sauver la peau, se démenant comme un beau diable. C'était certainement le genre de fille à toujours réussir à avoir ce qu'elle souhaitait grâce à leur volonté (et un peu de harcèlement moral. Il était à peu près sûr que ça s'apparentait à du harcèlement moral). Il valait mieux qu'il ne pipe mots, le vieux-comment s'appelait-il déjà ? Archi ? Archi n'était définitivement pas le genre de gentil petit vieux à perdre la boule et proposer des gâteaux aux gamins trop maigres.
Drôle de coutume que celle-ci, d'ailleurs. Dans ce monde un vieux qui offrait des sucreries aux enfants était un phénomène normal. Dans la Forêt Enchantée ça voulait dire qu'un enfant attendait dans une cage à se faire tâter la cuisse en attendant qu'elle soit assez épaisse pour être balancée dans une marmite.

Le vieux s'adressa à lui, lui arrachant un sursaut. Jefferson se doutait bien que la question était rhétorique et se contenta de tout bêtement hausser les épaules. Un tout petit peu, pour pas qu'il ne le remarque vraiment. De toute façon il n'attendait certainement pas une réponse de sa part. S'il connaissait Belle ? Non, absolument pas. Il était tout aussi persuadé de ne l'avoir jamais rencontré dans la Forêt Enchantée ou quelconque autre monde. Un visage aussi beau ça ne s'oublie pas aussi facilement. Il s'en serait souvenu.
En revanche il n'arrivait toujours pas à la cerner. Une fille aussi belle ne devait pas avoir la vie facile. S'il y avait bien une tradition qui ne changeait pas parmi tout les mondes qu'il avait visité, c'était que les jolies minois avaient rarement la paix. Et un beau minois ça ne s'attarde pas seule le soir dans les ruelles sombres, ça n'aide pas un vieux clochard ensanglanté et ça ne le ramène pas chez un ami. Était-elle bien trop gentille pour ce monde, trop sûr d'elle où alors complètement idiote ? Il était encore un peu trop tôt pour le dire.

Jefferson se laissa pousser à l'intérieur, n'écoutant que d'une oreille distraite ce que marmonnait le vieil homme dans sa barbe. De toute façon celui-ci avait décidé qu'il n'était pas assez important pour s'adresser directement à lui. Soit, ça ne dérangeait pas plus que ça Jefferson de ne pas avoir à lui parler autrement que par l’intermédiaire de Belle.
Le chapelier attrapa maladroitement le tapi pour le donner à la jeune femme comme elle le lui avait demandé. Il jeta un coup d'oeil à l'escalier à présent désert (il croyait cependant encore entendre les savates d'Archi traîner et des grognements étouffés), comme un chat à l’affût. Pouvaient-ils discuter à présent que le maître des lieux n'était plus là ? Était-ce vraiment sage ? Jefferson se sentait honteux comme un enfant prit la main dans le sac à voler des bonbons, mal à l'aise. Ses yeux (son oeil, l'autre était trop enflé pour faire quoi que ce soit) tombèrent sur Belle mais il ne la regardait pas. Pendant quelques secondes il sembla perdu bien loin, en plein voyage dans le temps dans ses propres souvenirs. Il avait presque l'air mort, immobile au milieu du salon, le regard fixe et vide. Et tout à coup il se redressa, sourit automatiquement à Belle.

Pardon ? Non, ce n'est rien. C'est ma faute, on a pas idée de se retrouver au milieu des poubelles à une heure pareille. Et en sang en plus. Hein, ça n'arrive qu'à moi ce genre de chose. Un rire forcé. Il jeta un coup d'oeil autour de lui. C'est ... sympa. Ici. C'est coquet.

C'est coquet était l'équivalent du "Il est... gentil". Jefferson n'aimait pas, ce n'était pas assez grand et pas assez moderne. Il ne s'attarda pas sur la question, ayant été assez polis pour l'instant.
Jefferson retira son manteau pour l'abandonner par terre, grimaçant de douleur au moindre de ses gestes. Il n'était pas exactement sur des couches de vêtement qu'il était supposé retirer. Jefferson n'avait pas vraiment envie qu'un vieux cinglé descende pour découvrir une amie qui lui était cher avec un parfait inconnu nu dans son salon.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Sam 7 Mai - 16:17

Elle attrapa le tapis et le jeta sur le canapé. Avec une délicatesse précautionneuse, elle déposa le blessé dessus. Elle grimaçait en même temps que lui et sifflait des dents comme si c'était elle qui souffrait. Elle n'avait pas mal. Elle n'était ni fatiguée, ni faible. Pourtant, les grincements de Jefferson sonnaient à ses oreilles comme le bruit des ongles sur un tableau de craie. Un frisson de compassion venait lui chatouiller le long de la colonne vertébrale à chaque manifestation de douleur du garçon. L'empathie était une malédiction qui n'avait d'avantage que dans de vieux Disney.

Elle répondit à sa remarque d'un regard perplexe. Sourire en coin et sourcil relevé. Sa tête bascula sur le côté. Puis, elle la secoua en soupirant. Leva les yeux au ciel.

En tout cas, j'espère que vos amis ne... Commença-t-elle en se penchant sur lui pour déboutonner le premier bouton de son gilet. C'était poisseux et ça sentait fort la pourriture et la rouille mais, il lui semblait que son cœur s'en accommodait.

Elle s'était figé et le regarda. Elle songea soudain à ses "amis". Oui. Ceux qui lui ont fait ça. Ce garçon, ce Jeff, devait être mêlé à de sales histoires. Peut-être. Sans doute. Belle n'avait cure de ce qui faisait les déboires de cet homme et elle n'y avait pensé que vaguement, tandis qu'elle l'avait traîné jusqu'ici. Rien ne pouvait justifier, à ses yeux, la non-assistance d'une personne en danger - pensait-elle après coup, tandis qu'elle se souvenait avoir failli le laisser entre ses ordures et tracer sa route sans regarder. Pas même la vie dissolue d'un criminel. Toutefois, elle se mit brusquement à craindre pour elle. Pour la boutique. Pour Archibald. Elle blêmit. Et si ses agresseurs décidaient de venir frapper à sa porte à elle ? Et si c'était Jefferson qui décidait d'envoyer ses bourreaux s'entretenir avec Belle ou Archibald ? Dans une lenteur pensive, elle se redressa. Elle espérait, au plus profond de son petit cœur tout mou, qu'elle se trompait. Ses mains tombèrent doucement.

Je... Peux vous poser une question indiscrète ? Elle attendit à peine sa réponse. Pourquoi vous a-t-on agressé...?

Son sourire avait disparu. Son enthousiasme avait laissé place à une froide attitude. Son visage s'était décomposé. Lisse et inquiet. Sa question flottait dans l'air comme une espèce de menace. Après coup, elle s'en voulu, songeant que toute son attitude n'encourageait pas à lui avouer la vérité.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Lun 9 Mai - 20:46

Il se laissa lourdement tomber contre le canapé et il lui sembla que jamais son dos n'avait connu plus moelleux. Ce n'était pas un mobilier extraordinaire, mais ça rester plus confortable que quelques sacs poubelles dans une ruelle mal éclairée. Si Belle et son acolyte souhaitaient terminer de lui péter les dents pour une quelconque raison (ledit acolyte était bien long d'ailleurs ... était-il monté récupérer une trousse de premier soin ou alors quelques couteaux de cuisine ?), qu'ils le fassent mais dans ce canapé. C'était un bel endroit pour mourir. Jefferson n'avait plus envie de s'y lever, surtout avec une aussi jolie fille affairée à le déshabiller. La soirée se terminait plutôt bien pour l'instant.

Si malgré la crasse qui la recouvrait maintenant des pieds à la tête, la jeune femme était toujours aussi plaisante à l’œil, on ne pouvait pas en dire autant de lui. Certes il était tout cassé, que ça soit au visage ou aux genoux et la façon dont il était complètement avachit dans ce canapé miraculeux n'aidait en rien son image. Il se serait bien laissé porter par le sommeil en espérant que ça aide la douleur à passer, là tout de suite. Tant pis si s'endormir chez des inconnus étaient vivement déconseillé, Jefferson n'avait plus la force de bouger le petit doigt. Il se sentait complètement engourdit. Néanmoins il ne put s'empêcher de sourire lorsque Belle mentionna ses "amis". Du moins il s'imagina sourire, mais n'était pas sur d'avoir eut la force de le faire physiquement. Non pas que ça avait de l'importance. Il ne réagit pas non plus en voyant le visage de la demoiselle se décomposer. Les questions devaient bien arriver tôt ou tard. Ici c'était d'ailleurs plutôt tard que tôt. On ne pouvait pas reprocher à la jeune fille d'avoir une curiosité mal placée. Surtout devant sa mine aussi déconfite. Jefferson n'arrivait pas à savoir si elle était effrayée ou en colère. Ou encore un sentiment plus complexe, pourquoi pas.
Est-ce qu'elle réalisait seulement maintenant l'absurdité de ramener chez soi une sorte de clochard trouvé au beau milieu de la nuit dans des poubelles ?

Elle n'attendit pas sa bénédiction pour poser la question. L'atmosphère c'était étrangement refroidit. Pour un peu Jefferson se serait pensé de retour au Pays des Merveilles. Il fallait toujours prendre des pincettes lorsqu'on discutait avec les habitants de ce pays de fou. Ils avaient tendance à partir au quart de tour (ou ne pas partir du tout et rester à buller en regardant le plafond ... ça dépendait des jours).
Mais c'était probablement justifié. Sûrement.
Jefferson retint son souffle alors qu'il se redressait. Ce n'était pas une conversation qu'il devait avoir en étant à moitié allongé sur un canapé, peu importe le confort que celui-ci offrait. Tout doucement il s'assit correctement. Il avait l'impression de déplier son dos, sentir ses vertèbres se dérouler doucement, se remettre en place également. Chaque mouvement était plus douloureux que le précédent.

Jefferson observa le visage de Belle, incapable de le lire. Ses yeux vagabondèrent un instant sur la pièce pour en revenir à la demoiselle. Il cherchait ses mots et triturant ses mains, soudain en proie à un profond malaise. Il était incapable de la regarder dans les yeux.

-C'est difficile à expliquer. C'est eux. Ils ont quelque chose qui m'appartient. Je- Il fit claquer sa langue, à la recherche de ses mots. C'est très important, je ne pouvais pas tout simplement partir. Il n'est pas très sympathique. Un peu dans le genre terrifiant. Un mec grand, avec des grosses épaules et antipathique. Une tête à faire peur. Comme s'il vous mangeait avec les yeux. Non, en fait je l'ai pas vraiment vu. Mais ce sont les autres, pas commodes non plus. Des grands nerveux. Jefferson parlait à toute vitesse, les mots coulaient de sa bouche sans qu'il n'ait le temps de les ravaler. Mais tout va bien maintenant. Je pense. Ils m'ont juste dit de ne plus...

Il se tut. Il avait déjà oublié ce qu'il devait dire ensuite. D'un air inquiet il s'attaqua à sa lèvre inférieur avec ses dents, son regard se perdant dans le vague. De ne plus ramener sa carcasse de sale rat dans le coin. Certainement quelque chose qui sonnait dans ce genre là. Il avait également oublié (de façon un peu plus consciente cette fois) d'aborder le sujet de la drogue également volée a ce fameux mercenaire. De toute façon ce n'était pas ça le sujet le plus important.
Fatigué par son petit récit, Jefferson se raidit. Sa respiration devint plus lente, sa poitrine acceptable se soulevant de façon plus régulière. Il revint sur terre tout aussi rapidement qu'il l'avait quitté. Jefferson sourit de toutes ses dents à Belle.

-Merci pour votre aide.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 12 Mai - 8:38

Belle recommença à entortiller ses petits doigts autour des boutons de son gilet, tandis qu'il expliquait - ou baragouinait - sa mésaventure. Doucement, elle retira un bouton à après l'autre en fixant Jefferson, un sourcil en l'air. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait rien à ce qu'il disait. Aux oreilles de Belle, tous ses mots coulaient de sa bouche sans le moindre sens. Le regard fuyant de son invité la persuada qu'il s'embrouillait tout seul dans ses mensonges. Il ne la rassurait pas. Il ne la rassurait pas du tout. La description qu'il faisait de ses agresseurs était à glacer le sang.

Mais tout va bien maintenant. Je pense. Ils m'ont juste dit de ne plus...

De ne plus quoi ? Mille phrases venaient compléter la sienne, dans l'esprit de Belle. Aucune d'elles n'étaient pour lui plaire. Elle ouvrit la bouche pour lui réclamer de finir son explication mais, se tut également. Elle continua de déboutonner son gilet, le regard fixe sur les arabesques qui tourbillonnaient dans le velours de son tweed. Elle voyait bien que son regard se perdait dans le vide et que ses muscles se ramollissaient comme de la cire fondue. Elle le laissa tranquille et pensa qu'ils en parleraient plus tard. Peut-être. Ou pas. Elle se faisait plus ou moins à l'idée que dès qu'il serait remis, il disparaîtrait comme il était apparut. Et ce ne serait sans doute pas plus mal. Dans tous les cas, il avait besoin de repos.

Le silence fut long. Mais, Belle n'eut pas le temps de comprendre qu'il devenait gênant. Son regard tremblait. Elle se convainquit que quelles que soient les histoires de cet énergumène, elle ne devait pas regretter son geste. Elle s'inquiétait seulement des complications qu'allaient lui apporter un tel garçon. Quelque part, loin, au fond de ses pensées refoulées, elle aimait cette situation. Sa vie lui paraissait si triste et si banale qu'elle se mit à fantasmer. Celle de Jefferson lui paraissait soudain dangereuse et aventureuse. Est-ce qu'il était enviable, avec sa dent en moins, son oeil gonflé et le sang qui coagulait sur la moitié de son visage ? Sans doute pas. Mais, Belle admettait sans mal que sa position à elle était particulièrement bien placée. Elle ne put s'empêcher de la comparer à ses lectures et songea que dans la fiction, c'était toujours ainsi que commençaient les intrigues de mauvais romans pour adolescentes. Ce serait triste que sa vie soit un mauvais roman pour adolescente. Avec un peu, de chance, ce serait un thriller. Bien noir, bien sombre. Jefferson était l'un des personnages secondaires ou l'antagoniste qui trahissait le héros ? En réalité, ce petit épisode sans conséquence ne serait qu'une belle inspiration pour son imaginaire. Rien de plus ; Belle restait lucide.

Ne me remerciez pas. C'est un devoir citoyen d'assister une personne en danger. Non ? Elle rit un peu, songeant à la philosophie de vie de son ami. Elle lui adressa un clin d'oeil et son sourire s'évapora aussi vite. Son inquiétude lui faisait perdre un peu de son enthousiasme.

Comme il était déjà redressé, elle s'accroupit face à lui et lui retint précautionneusement une épaule.

Doucement... souffla-t-elle doucement, en lui retirant le gilet. Elle le posa sur la table basse.

Lui apparut alors la chemise noire de sang. Elle regarda avec dégoût. Elle n'osait pas continuer à le déboutonner. De peur qu'une plaie ait fondu avec un pan de tissu. Il valait sans doute mieux attendre Archibald. Elle se pencha alors d'avantage sur lui pour lui retirer son écharpe. A ce moment, les pas du vieux libraire résonnèrent dans les escaliers.

Prends ton temps, surtout.
Eh, sur un autre ton, gamine. Archibald avait la voix calme et posée mais, d'une autorité presque impériale. Soit déjà heureuse que je le laisse se vider dans ma librairie.

Il arriva face à eux avec une théière qui fumait dans une main et une mallette dans l'autre. D'un mouvement rapide, il posa tout sur la table et ouvrit le couvercle de la théière pour laisser refroidir son contenu. Belle tourna brièvement le regard vers lui en tirant la langue puis continua à dénouer le foulard de Jefferson. Archibald remonta chercher une tasse.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 12 Mai - 22:19

Il ne prit pas la peine de lui répondre. Sa mâchoire lui faisait de plus en plus mal et les mots penaient à se former dans son esprit. Il voulu faire observer que les citoyens n'en avait généralement pas grand chose à foutre de leur devoir (lui le premier), et que techniquement il n'était plus en danger. Ce vider de son sang parmi des déchets ne représentait pas un danger immédiat en tout cas. Mais il se contenta de lui offrir un sourire tordu pourtant sincère. Elle n'était plus aussi enjouée qu'auparavant et Jefferson pouvait difficilement lui en vouloir pour ça. Il se contenta donc de rester dans un silence sage et pesant. Il ne se souvenait plus dans quel film les deux protagonistes s'entendaient à dire que parfois des silences n'étaient pas gênant. Jefferson n'était pas sûr que ça soit le cas ici.

Jefferson leva les yeux vers le vieil homme qui descendait les escaliers. Le caractère de ce dernier ne semblait pas s'être adoucit depuis sa courte absence, il s'abstint cependant de tout commentaire. Belle avait la langue assez pendue pour deux. Et vu la tête de l'animal il avait bien peur de se faire sortir à coups de pieds aux fesses s'il daignait faire le moindre commentaire déplacé.

Avec une brusquerie dont il n'avait jusqu'à là jamais fait preuve, Jefferson attrapa le poignet de Belle. Il le serra bien plus fort qu'il ne le réalisait vraiment, ses doigts s'enfonçant dans sa peau toute laiteuse.

-Non !

Le chapelier s'était redressé et soudain il sentit tout ses muscles broncher à se manque de précaution. Avec une grimace il desserra son étreinte sur le bras de Belle sans pour autant la lâcher. Il écarta sa main de son cou avec plus de douceur avant de porter sa propre main à son écharpe. Après quelques secondes à la regarder dans les yeux il finit par lui lâcher le poignet.

-J'ai des problèmes médicaux de... Ne touchez pas à mon écharpe. S'il vous plait.

Bredouillant ses excuses il baissa les yeux pour la remettre correctement autour de son cou avant de déboutonner sa chemise avec maladresse. Un bouton sauta et alla ricocher sur le sol. Jefferson garda les yeux rivé sur sa chemise, honteux de sa réaction qui ne manquerait pas de faire des vagues (il voyait déjà le vieux le mettre à la porte si jamais Belle lui rapportait l'incident). Mais il n'avait pas envie de commencer à expliquer pourquoi une cicatrice parfaitement circulaire ornait son cou. Peu importe les histoires qu'il sortait pour justifier ça, on ne l'avait jusqu'à la jamais cru.
(Elle pensera simplement que tu es un fétichiste.)
Un médecin avait marmonné ça, une fois. Jefferson n'était pas sûr de la définition exacte de fétichiste dans ce cas là. Il aurait également préféré que la jeune fille garde une assez bonne estime de lui. De cette ville de tarés elle avait l'air relativement normale et d'une bonté dangereuse, certes, mais tout de même bienvenue par ici.

Pour continuer à fuir le regard de la jeune femme, Jefferson entreprit de retirer sa chemise. Dans un premier temps il n'était même pas sûr de devoir le faire. Certes ça serait bien plus pratique pour l'examiner mais il se trouvait chez des inconnus (non pas qu'il se sentait menacé par le fillette ou le vieux, mais c'était tout de même inhabituel de terminer à demi nu dans le salon à la première rencontre) et se sentait déjà bien idiot de faire des manières avec son écharpe. Tant pis, il n'était plus à ça près pour se faire remarquer.
Malgré tout retirer sa chemise fut assez délicat quant il sentit chacun de ses muscles protester. Abandonnant toute dignité il tenta de se tortiller un peu, mais ce ne fut pas aussi efficace qu'il l’espérait. Jefferson arrêta donc de s'humilier plus et se cala de nouveau contre le dossier du canapé. Il observait la théière d'un œil morne.
Au moins du thé le mettrait de meilleure humeur.

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MessageSujet: Re: la nuit tous les chats sont gris (Belle)   Jeu 26 Mai - 16:02

L'un des doigts s'enfonça douloureusement entre deux os. Elle se pencha sur le côté, s'exclama d'abord de surprise puis gémit de douleur. La bouche ouverte, le visage grimaçant. Son coeur se mit à battre violemment dans sa poitrine, comme un gros tambour de guerre. Et tout son visage blêmit. Elle tenta de l'ordonner de lâcher mais, ne fit que murmurer timidement. Sa voix lui semblait avoir fondu dans sa gorge.

Lâchez-moi... Vous me faites mal... Elle n'était pas sûr qu'il ait entendu.

Quand il lâcha, elle reprit rapidement sa main et se massa le poignet. Elle le regardait avec de grands yeux de lapin. Vitreux. Elle eut peur. Elle eut très peur. Assez pour que l'émotion lui embrume les yeux. Sa mâchoire s'était tellement tendue qu'elle en avait mal. Jefferson lui sembla soudain dangereux et ennemi. Elle se contenta de le fixer. Outrée, effrayée, confuse. Elle ne comprenait pas. Belle n'avait jamais compris la violence. Plus que tout, elle la craignait. Ca la paralysait, ça la prenait pas les tripes jusqu'à la tête. Elle le laissa déboutonner sa chemise, sans rien dire, toujours en massant son poignet. Elle avait perdu son sourire. Elle avait perdu son enthousiasme. Belle commença à se demander si Jefferson possédait une arme. Si Jefferson allait se montrer également aussi imprévisible avec Archibald. Il était très tentant de lui montrer la porte. De lui dire de partir.

C'aurait pu être la crainte qu'il ne s'énerve, qui l'empêcha de le faire. Mais, en le voyant se tordre de douleur pour se déshabiller, elle eut de la peine. Elle ne pouvait décemment pas le jeter à la rue dans ce état. Elle décida de garder sa rancune pour elle. Silencieuse et le visage fermé, elle se pencha très délicatement vers lui et recommença à l'aider. Sans un mot. Le regard vide et les traits tirés. Elle ne voulait pas savoir s'il avait un problème médical. S'il avait les marques d'une maladie honteuse. Ou s'il souhaitait cacher autre chose. Tout ça la laissa indifférente. Non. Rien ne pouvait vraiment excuser son geste. Quand elle eut fini, Archibald revint.

Elle se leva, croisa les bras et fixa le so. Elle sentait que son poignet lui brûlait encore. Elle aurait sans doute une marque, demain. Archibald se baissa sur Jefferson et lui servi une tisane.

Bois déjà ça. Aller, aller. Toute la tasse. Et profites-en pour enlever la serpillière autour de ton cou, ordonna-t-il en lui tendant la tasse chaude sans vraiment le regarder.

Le parfum était amère. Le goût serait bien pire. Belle avait déjà eut l'occasion d'en boire. Par pur esprit scientifique. Et elle n'avait pas eut le courage de finir la tasse. Elle laissa Archibald s'occuper de leur invité mais, ne s'éloigna guère. La tête baissée, elle resta observer les réactions de Jefferson. S'assurer qu'il n'aurait pas de nouveau un sursaut de folie aussi brutal. Belle jugea qu'il était bon de préciser la chose à Archibald. Mais, craignait qu'il ne soit plus sévère qu'elle. Elle décida de mentir à moitié.

Il a des... Elle regarda Jefferson. Stricte et sévère. Et inspira. Sa voix se rétablit d'une vive assurance. Des "problèmes médicaux". Il ne peut pas enlever son écharpe.

Archibald se tourna vers Belle. Puis, regarda Jefferson en haussant un sourcil. Comme il n'insista guère, Belle comprit qu'Archibald avait saisi la chose.

Comme tu veux. C'est tes infections, pas les miennes.

Il se pencha alors sur Jefferson et commença ses soins. Il appuya certains points de son torse. Jugea des réactions de douleur. Observa son visage. Fouilla les zones sensibles de ses jambes. Puis, il se désinfecta les mains et enfila des gants de latex. Chopa du coton, de l'alcool à brûler, des bandages, du fil, des aiguilles... Archibald avait l'air de savoir parfaitement ce qu'il faisait et ses gestes ne possédaient aucune hésitation. De temps en temps, il lançait à Jeff' de petites réflexions et posait quelques questions sur l'origine de ses plaies. Mais, qu'importait les réponses du malade, Archibald ne semblait pas chercher à creuser la vérité. Il meublait simplement le silence.

Belle alla s'installer sur une chaise et regarda le labeur d'Archibald s'accomplir lentement. De temps en temps, son regard se vidait d'essence et se perdait dans le vide. Elle avait le temps et la tranquillité pour songer à ce qu'il s'était passé. Elle regarda son poignet. Ce n'était pas si grave, au fond. Elle avait eut peur. Juste peur.

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